Jean-Claire LACROIX

Jean-Claire Lacroix

Récit biographique

Les Années Septante

Des études Gréco-latines classiques, puis deux années d’architecture d’intérieur (St Luc et La Cambre) avant de retourner à St Luc dans une section moins technique : la BD.

Après avoir terminé un cycle de 2 ans dans l’atelier de Claude Renard (où j’ai participé au lancement du 9ème Rêve ) je travaille pour (A SUIVRE) un magazine franco-belge aux Editions Casterman qui publiera plusieurs de mes nouvelles (format de 10 à 15 planches).

Les Années Quatre-vingt

Un ami, abonné au journal POUR, me signale la présence d’un de mes dessins dans les colonnes du journal. Personne ne m’ayant contactée pour me demander l’autorisation de le publier, je me présente à la rédaction pour réclamer des droits d’auteur. A l’époque, les caisses du journal étaient vides et on me propose d’y travailler mi-temps. J’ai 25 ans, l’ambiance est bonne, c’est plus marrant que de travailler seule dans mon atelier, alors j’accepte. Pourtant je me retrouve plus souvent à faire de la mise en page que des dessins : la politique, ça ne m’inspire pas. Jusqu’au jour de l’attentat, quand un groupuscule d’extrême droite arrose les locaux du journal avec de l’essence et y met le feu. Par chance, il n’y a pas de morts.

L’équipe de montage trouve refuge au Design Studio d’André Piroux et de Chantal Bouly. Je suis recrutée pour travailler dans le nouveau POUR avec une équipe plus professionnelle. Après 6 mois de travail acharné, en dépit des nombreux soutiens dont il a bénéficié, le journal tombe en faillite.

Arrive le temps du travail alimentaire… Je trouve une place de serveuse à mi-temps dans un tea-room place Brugmann… La BD commence à s’éloigner de mon horizon jusqu’à ce que Claude Oreel et Jean-Louis Lejeune ne me proposent de dessiner, de faire la mise au net du découpage de leur livre « Love, Love, c’est vite dit ! » (Editions Infor Jeunes), une BD documentaire à destination des jeunes.

Entretemps je continue à écrire et dessiner des nouvelles, mais la mode a changé. « Seul le long récit intéresse les éditeurs de BD » m’assure mon fiancé, un scénariste très courtisé dans le milieu.

Je travaille régulièrement comme assistante chez Lézard Graphique , dans l’atelier de Jipé Dubray et Paul Parker. Beaucoup d’affiches, de pubs, de montage de revues, génial mais trop ponctuel.

Une journaliste me contacte alors pour participer au lancement d’un nouveau magazine féminin nommé GAËL. J’adore ça, j’accepte. Toute l’équipe de ce magazine, dont Freddy Balencour est le rédacteur en chef, est constituée de journalistes pros, sympas et dynamiques. La plupart sont ouverts aux idées nouvelles.

Le dessin de presse est un genre qui me convient parfaitement : il a l’avantage d’être rapidement exécuté, publié et offre parfois des opportunités de rencontres et de voyages.

Les Années Nonante

C’est ainsi que le 7ème SOIR, La LIBRE (Belgique), LIBÉRATION, POUR, Banc Public, GAEL, l’HEBDO au Féminin, Mme FIGARO, etc. sont des journaux ou magazines qui font appel à moi pour illustrer articles divers et reportages. Ce qui correspond à la période où je dessine pour la pub.
En 1992 paraît « Le Thermalisme en Bretagne », mon 1er reportage en dessins publié dans les colonnes du 7ème Soir, supplément hebdomadaire du journal LE SOIR. D’autres suivront. Je remercie encore Eve Calingaert qui m’a offert l’occasion de travailler pendant plus de 7 ans avec une équipe formidable.

Parallèlement à ce travail de presse, je lance la griffe Livre-Report*ge (textes et dessins) destinée aux particuliers, puis aux entreprises. Une trentaine de livres ou livrets privés sont réalisés avec l’aide de Lucie Lagrange.

Avant que je ne sois engagée à temps plein comme illustratrice et dessinatrice de lay-out chez PHB, société de communication & marketing implantée à Evere (1999-2001), ce qui me permet de diversifier ma formation et de m’initier à l’informatique.

Les Années Deux Mille

Mes trajets quotidiens en bus 54 m’amènent à traverser des sites très divers. Comme le parc Josaphat, la cité jardin Terdelt, le Moeraske, la vallée de la Senne, celle de la Woluwe, la propriété d’un château baroque du XVIIe siècle nommé Kasteel Beaulieu… ou plutôt les ruines d’un château… A ce moment-là, après des centaines d’aller-retour en bus – avec escales – l’idée me vient d’un livre-reportage : pourquoi ne pas raconter BXL à travers le prisme de cette ligne 54 qui traverse Bruxelles du nord au sud ?

Après mûre réflexion je quitte l’entreprise où je ne vois aucune perspective d’avenir. Et deux ans plus tard (mars 2005), je sors « Parcours 54 », un livre tiré à compte d’auteur (150 pages de textes et dessins).

C’est dans les immenses salles de l’Abbaye de Forest, terminus du B54, que je présente les dessins originaux. Mais pas toute seule. J’y invite des amis. C’est ainsi que se crée un collectif temporaire de 22 artistes ( Eve Calingaert – Evelyne David – Patryck de Froidmont – Chantal De Spiegeleer – Julie Doutrelepont – Pascal Dubar – Delphine Dubois – Jipé Dubray – Jacques Faton – Philippe Foerster – Isabelle Glansdorf – Véronique Goossens – Anne Goy – Vinciane Lacroix – Lucie Lagrange – Luc Lamy – Didier Lange – Paul Parker – Daniel Raphaël – René Sterne – Anne-Laure Vignaux – Joana Wasilkowska ), le temps de l’exposition où chacun y présente sa vision personnelle du 54.
Succès fou le soir du vernissage…
Le temps d’apporter quelques modifications au livre, il faudra attendre 2007 pour la sortie d’une version commerciale intitulée Route 54.

Les Années Deux Mille Dix

Certains éléments apparus lors de mes repérages m’ont intriguée comme Kasteel Beaulieu, la propriété des Comtes de Tour & Tassis qui aurait été transformée en terrain de foot si un certain Charles Mertens ne s’était investi corps et âme pour la restaurer, comme le Canal de Bruxelles tout proche et la Senne qui coule là-bas à ciel ouvert, bref tous des sujets méritaient d’être approfondis…

Roman graphique Banal Canal – Jean-Claire Lacroix

Le temps est venu de me lancer un nouveau défi, celui du roman graphique. Banal Canal est un récit de fiction basé sur une documentation très poussée, où je mélange personnages réels et imaginaires.

Désespérant de trouver si peu d’informations sur la vie de ce discret Charles Mertens, je prends le parti de raconter librement une partie de la vie de ce passionné de patrimoine, spécialisé dans la restauration de châteaux. Et d’imaginer les conséquences que ce travail a pu avoir sur sa vie privée.

Les débuts ont été difficiles. J’ai entrecoupé l’élaboration de cet ambitieux projet par des reportages ponctuels qui me demandaient plusieurs mois de travail avant d’être exposés histoire de rester présente sur la scène artistique. Et par diverses formations en sculpture et peinture monumentale.

Afin de rendre mon roman graphique lisible et cohérent, j’ai fait appel dans un premier temps à Béatrice Reynaerts, ingénieuse documentaliste et précieux soutien moral. Il y a eu aussi Philippe Capart et Yann Yvinec, excellents spécialistes, qui ont tous deux tenté d’y voir clair…

Les Années Deux Mille Vingt

Je croise par hasard deux anciens collègues du 9e Rêve, André Moons et Séraphine. Une rencontre exceptionnelle pour moi, car si André prend en charge la promotion de mes expos en réalisant brochures diverses, posters et cartes postales, c’est Séraphine, dessinatrice de BD qui accepte de mettre sa concentration exceptionnelle, son ouverture d’esprit et son expérience remarquable de la BD au service de mon travail.

Roman graphique Banal Canal – Jean-Claire Lacroix

Après une participation de cinq mois à l’expo United Comics of Belgium (au Centre Belge de la Bande Dessinée) où j’ai été invitée par Séraphine, je travaille au dernier tiers de « Lucien néons » premier tome du roman graphique de la trilogie de « Banal Canal ».

Texte rédigé à St Gilles, Bruxelles, le 4 novembre 2021